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J’en parlais avec enthousiasme lors de la dernière Wikimania, et la vidéo de Raph Koster sur la dynamique wikipédienne et son lien avec le monde du jeu vidéo est désormais disponible:

(bon visiblement livestream n’est pas intégrable sur WordPress, donc le lien est >ICI<)

Les slides d’accompagnement sont disponibles ici et l’ensemble sur le site de raphkoster.com (où la vidéo est intégrée, ce qui est mieux).

L’idée n’est pas entièrement nouvelle puisqu’il existe une page méta qui reprend les mêmes idées et date de fin 2008. Le sujet m’est toutefois revenu à l’esprit récemment lors d’une discussion sur ces admins qui bloquent les néophytes – ces ignares vandalistiques- ayant eu le malheur de s’essayer… au bac à sable*. C’est le sujet du jour sur Vikidia, mais ça fait des années qu’on le voit sur Wikipédia: selon Raph, ce n’est pas vraiment la faute individuelle de ces gens en mal de reconnaissance qui se bombardent d’un titre de patrouilleur et décident dès lors de patrouiller avec zèle, diligence et une paire d’oeillères, mais bel et bien du Système™.

C’est en tout cas ce qu’il faut en retirer de cette excellentissime intervention que, pour ceux qui n’ont pas le temps / l’envie / l’humilité ou le niveau d’anglais nécessaire au visionnage, on peut (mal) résumer en une image tirée de la présentation:

Ceci n'est pas une pipe mais un cercle vicieux.
Ceci n’est pas une pipe mais un cercle vicieux.

Ce que nous dit Raph, donc, c’est qu’arriver au statut d’ancien qui maîtrise les règles et le jargon est une réussite sociale en soit – et que du coup on n’a pas trop envie de voir ce sommet se surcharger de basse populace newbie, quand bien même on a soi-même passé sa période la plus prolifique en terme de rédaction de contenu. D’où l’accumulation de règles incongrues et obscures qui font qu’au final on limite les nouvelles entrées – soit en usant les débutants (ébauches effacées parce que trop à l’état… d’ébauche, soit en les jugeant unilatéralement comme non-encyclopédiques ou trop wikinews-esques) soit en les bannissant fissa au premier dérapage (alors que la marge trollesque pour quelqu’un disposant d’un pseudo établi depuis 2-3 ans est infiniment plus large).

Bref, il parle de cela et de plein d’autres choses, et c’est honnêtement une présentation qui en vaut le coup.
* Aurais-je voulu l’inventer que je n’aurais jamais pensé à un truc aussi idiot. Et pourtant j’ai du potentiel.

Game the wiki

Deuxième journée à Wikimania, et de loin la meilleure. Une conférence, c’est finalement comme un festival de musique: on y va pour les têtes d’affiche, mais on reste pour deux raisons périphériques:

  1. Faire des rencontres (réseauter ou, dans le cas d’espèce, cabaliser);
  2. Découvrir de nouvelles tonalités.
t-shirts
E pluribus wiki

Le point 1 est facile; il suffit de traîner dans les couloirs avant, pendant et après les conférences et de parler avec tout le monde et n’importe qui. On tombe parfois sur des “stars” du mouvement wikimédien et ça permet de mettre un visage sur des blogs: c’est ainsi que j’ai partagé pizza et bière avec Erik Zachte, le génial blogueur statisticien d’Infodisiac – un blog bien écrit et informatif que tout le monde devrait avoir dans ses signets.

La deuxième option, si on est fatigué ou asocial, est de s’asseoir dans un salle de conférence et, avec du bol, se faire exploser les neurones par un intervenant de génie qui changera votre façon de voir un truc que vous pensiez connaître pourtant bien. J’ai eu cette chance, et rien que pour ça, le voyage vaut d’ores et déjà le coup.

La première bonne surprise à ce niveau était l’intervention d’Erik Zachte, justement, qui reprenait quelques uns de ses récents billets et en rajoutait une couche, en parlant notamment de ce dont on ne parle pas: des 284 versions linguistiques de Wikipedia dont on se gargarise, 12 sont mortes (projets bloqués en édition), 53 sont des zombies (ouverts mais aucun édit), et 94 sont “en grande difficulté” (moins de 5 éditeurs actifs): Wikinews, tu ne pourras plus te cacher très longtemps encore.

Mais ça c’était un personnage connu qui mettait des chiffres sur un secret de polichinelle. La grosse découverte de la journée, et vu le retour du public dans la salle ce n’était pas que mon impression personnelle, c’était l’intervention de Raph Koster, un concepteur de jeux dont la présentation, justement, s’intitulait Wikipedia as a gameIl se sera agit d’un point de vue hors-wiki (au sens que l’auteur n’est pas du Mouvement) d’une rare clairvoyance sur l’univers wikimédien, avec ses dynamiques internes de création de contenu et de stratification / fossilisation des rôles. Et, en prime, des propositions toutes aussi iconoclastes pour renouveler la population wikipédienne: parmi les plus osées on trouvera la suppression régulière de pans entiers de l’encyclopédie (!) pour encourager la mise à jour et la réécriture, ou bien être plus tolérant vis-à-vis du vandalisme: comme il le dit, c’est au final assez facile à corriger et, surtout, ça encourage les gens à mettre les mains dans le cambouis.

La clef du succès, nous dit-il, n’est pas le nombre d’éditions que font les nouveaux mais les interactions qu’ils ont et la capacité d’appropriation du projet qu’on peut leur offrir. Les anciens, à contrario, ont une date de péremption qui fait qu’au bout d’un certain temps ils ne sont plus là que pour empêcher lesdits nouveaux de faire ce qu’eux ont eu la liberté de faire (d’où la multiplication des règles et pages méta incompréhensibles).

Ce compte-rendu en trois lignes ne rend pas justice, j’en suis conscient et désolé: la présentation sera j’espère bientôt en ligne sur son site, voire sur Commons.

La journée se conclut sur une présentation assez terne de la nouvelle Cheffe (Lila Tretikov), qui nous aura appris que l’avenir c’est les petits enfants pauvres qui utilisent leur mobile. Ou, quand, comment, pourquoi ce n’est pas un poncif – on l’ignore: mais comme on me l’a justement fait remarquer, la précédente Cheffe (Sue Gardner) savait mieux parler mais ne savait pas agir. On peut se dire (ou espérer) à ce stade qu’on a vu un prémice du contraire.

 

Wiki – mania

C’est parti ça commence, c’est du lourd: Wikimania, LE get-together préféré de la secte wikimédienne, a débuté ce vendredi 9 août au centre de conférences de Barbican en plein coeur de Londres. Wikimedia Suisse y est en force, ainsi que la plupart des chapitres (les Français sont nos voisins, les Canadiens et Belges sur un strapontin pas loin).

Non sans avoir pris soin de récupérer mon sac de goodies.
Et j’ai récupéré mon sac de goodies.

Le programme est assez chargé, de fait, et il faut faire des choix. Une bonne présentation des Français concernant un outil de remplissage de tableaux de métriques (la Fondation en est friande, l’idée est donc bonne) et une bien moins bonne intervention d’une personne de la Fondation (basée aux US, c’est elle qui paie les serveurs) dont j’ignore le nom mais avec qui j’ai eu cet échange qui résume assez bien certaines incompréhensions entre cette dernière et les Chapitres nationaux:

” – When you train new editors, you should write down their usernames for your metrics.

– Well it does not work like this in the real world. Classroom usernames [par ex. Toto01, Toto02, etc.] have a zero survival rate and this is therefore useless.

– I know.” 

Il y avait du monde, j’ai donc facepalmé juste dans ma tête.

Petite pause pour que Das Président soit interviewé par la tévé alémanique.
Petite pause pour que Der Président de WMCH soit interviewé par la tévé alémanique.

Cela étant dit et fait, au titre des autres interventions d’intérêt j’ai eu droit à Avi Deror et son Common grounds for battle: un fascinant récit des luttes de pouvoir et de philosophie au sein des admins de Commons, avec en toile de fond le fait que des images du domaine public dans leur pays d’origine ont été réintégrées au copyright aux USA (où sont hébergés les serveurs, d’où le problème). Quel droit prime? Celui d’origine, libre, ou celui d’hébergement, protégé? Une question intéressante, certes, et visiblement encore émotionnelle vu qu’un membre du public a quitté l’assistance en larmes.

La bonne nouvelle est qu’un certain nombres de conférences ont été filmées, et que toutes seront disponibles sur Commons (quand et où, par contre, mystère ici), Powerpoint inclus.

Quoi d’autre? Une rencontre francophone et la mise en place de WikiFranca (le nom n’est pas de moi) dont le premier projet interchapitres consistera en un mois de la contribution francophone sur Wikipédia, en octobre prochain probablement Le contenu et l’étendue dans chaque pays restera à discrétion des chapitres locaux et de leurs puissance de frappe (ah ah) respective, mais si vous êtes algérien, belge, canadien, français, suisse ou tunisien (ou autre) et voulez aider ou participer, be bold et contactey votre assoce wikimedia locale.

 

Wikimania: jour 0

C’est Wikimania, grand-messe annuelle des gens qui préfèrent l’espace méta aux contributions sur article. Trois jours de rencontres, précédés d’une même durée de hackathon.

Je suis venu en avion.
Je suis venu en avion.

Wikimania, ce n’est toutefois pas l’une de ces conférences Corporate où l’on va s’empiffrer de caviar tout en draguant ses collègues: l’Angleterre est après tout le pays du sandwich au concombre, et Wikimedia, c’est 90% d’hommes blancs célibataires. On est donc obligé d’écouter les conférences qui s’y dérouleront trois jours durant (et c’est  quelque part tant mieux, en tout cas si on aime le concombre).

Les festivités ont commencé assez fort jeudi soir, avec bien sûr l’inévitable Jimbo Wales, qui dans un discours d’ouverture assez bref nous a appris deux choses:

  1. La Fondation (ou en tout cas Jimmy) est formellement opposée au droit à l’oubli tel que défini dans une récente décision de la CJUE, lui opposant un droit de savoir;
  2. La publication de cet avis militant a été complètement éclipsée par le selfie du macaque. O tempora, O mores! La presse a ses propres priorités.

L’un dans l’autre, j’étais quand même assez excité.

Quoi d’autre? À vrai dire peu – ce n’était jamais qu’un prologue. J’ai récupéré mon premier goodie (un magnifique stylo Wikimedia France, merci à eux), puis on est rapidement passés s’acheter un sandwich au concombre, boire un verre, et hop, dodo.

La véritable action commence, c’est un peu normal, au jour 1.